NADEGE BERAUD KAUFFMANN

HISTOIRE

Maryse Hilsz, aviatrice pionnière et résistante

Plus haut, plus loin, plus vite!

 

Ses origines

 


Marie-Antoinette Hilsz est née le 7 mars 1901 au 25 rue Victor Hugo à Levallois-Perret, commune située au nord-ouest de Paris. Son père François Antoine, originaire de Rhinau en Alsace, alors âgé de quarante-et-un ans, est tonnelier. Après 1871 et l’annexion de sa terre natale par les Allemands, sa famille, comme nombre de leurs compatriotes souhaitant demeurer français, est venue s’installer non loin de la capitale. François Antoine a été naturalisé en 1884. Sa mère, Eugénie Marie Letourneur, née à Paris en 1868 et âgée de trente-deux ans lors de sa venue au monde, est lingère. Deux aînés précèdent Marie-Antoinette : Reine, née en 1891 et Paul, né en 1897. La petite dernière est, paraît- il, dotée d’un fort caractère…

Jeunesse et fascination pour l’aviation 

 


Après la Grande Guerre, la mode des chapeaux féminins fait son grand retour et bat son plein. La jeune Marie-Antoinette, née au sein d’une famille modeste, profite de cet engouement et commence très jeune une carrière de modiste pour le compte d’une chapelière. Jeune femme élégante, elle est apprentie dans la maison de confection « Antoinette » et se révèle plutôt douée. 
Dans un tout autre domaine, la période est également propice aux exploits aéronautiques des pionniers, dont les récits de raids et le nombre de records fascinent quotidiennement la plupart des jeunes gens, des deux sexes. C’est notamment la grande période des femmes dans l’aviation. La ville de Levallois est le siège dynamique de nombreuses industries, usines et ateliers, notamment aéronautiques. Maryse et ses amis qui ont grandi dans cette ambiance, sont passionnés d’aviation et se rendent très souvent sur les terrains de l'aérodrome afin d’admirer les démonstrations de voltige et de vitesse. En 1924, attirée par le vol, l’intrépide Mademoiselle Hilsz ne résiste pas à l’envie de s’inscrire à un concours de saut en parachute. Cette première expérience est une réussite et confirme sa vocation. Elle s’investit dès lors dans le parachutisme d’exhibition, une activité bien rémunérée : elle effectue des figures sur les ailes d'un avion en vol, ou sur un trapèze, dans le vide, avant de sauter en parachute. Elle fait ainsi plus de 120 sauts et chaque saut lui rapporte plus que son travail de modiste, qu’elle quitte rapidement. Son objectif est de financer le passage de son brevet de pilote, qu’elle obtient en 1930. 

Toujours plus vite, plus loin, plus haut

 


Au même titre que Maryse Bastié, elle va se révéler une aviatrice et une exploratrice hors pair, d’un courage et d’un calme sans pareil. Hilsz a plus d’une corde à son arc et connaît ses avions sur le bout des doigts, au point qu’elle pilote plusieurs années sans mécanicien et qu’elle répare elle-même son appareil quand c’est nécessaire. 
Son brevet en poche, elle achète son propre avion, un biplan d’occasion, et effectue un premier voyage en Afrique du Nord. Femme de caractère, elle se fait appeler « Maryse », et, adorant la compétition, elle enchaîne plusieurs records de vitesse et de distance en avion : en 1931 elle effectue un raid Paris – Saïgon aller – retour ; en 1932 sa destination est Madagascar qu’elle relie avec un Farman 291 baptisé Joe II, avec lequel elle ira jusqu’à Tokyo l’année suivante.

Avion Farman F291 F-ALUI baptisé Joe II avec lequel Maryse Hilsz ira jusqu’à Tokyo.

Photo disponible sur http://arawasi-wildeagles.blogspot.com/2014/11/visitors-french-female-connection.html)

En 1932 elle bat le record du monde d’altitude féminin d’altitude à 9 800 m à Villacoublay. Début 1933 elle reçoit la Légion d’honneur avec le grade de chevalier, pour sa participation à 61 meetings en France, en Belgique et en Allemagne et ses 122 descentes en parachute. Elle est également récompensée par le titre de la « Femme de l’année », attribuée par la Fédération Aéronautique Internationale, alors qu’elle a obtenu son brevet seulement trois ans auparavant. Elle réitère l’exploit de 1932 lorsqu’en 1934, elle bat à nouveau le record d’altitude en amenant son Morane-Saulnier 275 à 11 289 m à Villacoublay.

 

Maryse Hilsz devant son Caudron Simoun en 1937 au retour de son raid victorieux vers Tokyo.

Avion Morane-Saulnier MS 275. Maryse Hilsz a battu l’un de ses records d’altitude avec un MS 275 en 1934. Extrait du Journal « Plein Ciel », n°44, mai-juin 1935, p12.

Le gouvernement français de l’époque, et notamment Pierre Cot, ministre de l’Air, lui confie un nouveau fleuron de l’aéronautique française, un Bréguet, qu’elle va piloter et présenter, lors de démonstrations, aux différents ministères de l’aviation étrangers, et notamment turc, japonais, chinois…
Le 28 avril 1934, elle bat le record de vitesse lors d’un raid Paris – Tokyo – Paris soit 30 000 km qu’elle effectue à bord du Bréguet 33R, moteur Hispano de 650 cv, en cinq jours et dix heures. En 1935 et 1936, durant deux années consécutives, elle remporte la Coupe Hélène Boucher sur le vol Paris – Cannes parcours qu’elle effectue en 2h29 soit à un peu plus de 277km/h puis en 1h52 soit à un peu plus de 366 Km/h. Le 23 juin 1936 elle bat le record du monde d’altitude féminine sur avion à hélice en montant à 14 310 m, par une température de moins 51 degrés, aux commandes d’un biplan Potez 506 de 770 cv. Ce record reste inégalé à ce jour ! 

Potez 506, biplan avec lequel Maryse Hilsz atteint l’altitude record de 14 310 m en 1936.
https://elpoderdelasgalaxias.wordpress.com/2018/09/23/potez-506-from-the-ground-up/ 

Maryse Hilsz reçoit en 1936 le Prix Monique Berlioux de l’Académie des sports pour la meilleure performance sportive féminine de l’année. Le 23 décembre 1937, elle marque de son empreinte l’histoire de l’aéronautique en validant un prestigieux record de vitesse : après avoir ouvert la voie le Bourget - Saïgon (Vietnam) sur son avion de tourisme De Havilland DH60 Gipsy Moth, tout en battant un record de vol longue distance, elle réitère ce même raid de 11 350 km -sur un Caudron Simoun en 92 heures, 32 minutes soit 6 heures et 21 minutes de moins que le précédent record ! 

Avion De Havilland DH 60 Gipsy Moth utilisé dans le célèbre film « Out of Africa ». Celui avec lequel Maryse Hilsz a ouvert la voie vers Saïgon au début des annés 1930 est immatriculé F-AOJE. 

En 1937 encore, elle est gratifiée de la Légion d’Honneur avec le grade d’officier pour son « dévouement inlassable à la propagande aéronautique en France » et ses qualités « exceptionnelles » de pilote : elle a alors à son actif 10 ans de pratique professionnelle, la participation à 61 meetings en France, en Belgique et en Allemagne, au cours desquels elle a effectué plus de 1 500 baptêmes de l’air et 122 descentes en parachute. L’aventure se poursuit.
Fin 1938 avec son Caudron Simoun 180 cv elle tente de battre le record de distance pour avion léger entre Istres et Dakar. À cause d’ennuis mécaniques, elle échoue de peu à battre le précédent record détenu par les pilotes soviétiques Goussarov et Glelov avec 3 318 km 198 sur Sam 52 bis, moteur M.11 100cv. 

Article du Figaro, 30 décembre 1938. Maryse Hilsz tente alors de battre le record de distance pour avion léger entre Istres et Dakar.

Des risques insensés

 


Maryse Hilsz prend parfois beaucoup de risques dans cette folle course aux records : c’est le cas le 19 décembre 1936, alors qu’elle essaie de battre le record de vitesse féminin sur base. Aux commandes du Caudron 460 Rafale n°6909, elle réussit in extremis à s’extirper avant que l’appareil ne coule au fond de l’Etang de l’Estomac situé à Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône. Récupérée dans l’eau alors qu’elle ne sait pas nager, elle s’en tire avec quelques blessures, un séjour à l’hôpital et un repos forcé d'un mois.

Rappelons que deux ans auparavant, Hélène Boucher s’était écrasée avec le même type d’appareil, la version précédente C. 430, et y avait laissé la vie. 

Caudron C. 460 Rafale. C’est avec un avion de ce type que Maryse Hilsz a un grave accident en 1936. Elle échappe de peu à la mort.
https://www.avionslegendaires.net/avion-militaire/caudron-c430-c450-c460-rafale/

Une histoire d’amour tragique au début des années 1930


Elle avait une liaison avec André Salel, de trois ans son cadet, fameux pilote d’essai chez Farman. Il était également un pionnier dans son domaine, détenteur de nombreux records. Les deux amants étaient d'accord pour ne pas se marier : aucun d’eux ne souhaitait renoncer à sa carrière et à son mode de vie. Le destin a mis fin à leur histoire d’amour de façon brutale le 18 juin 1934 : Salel et son mécanicien Roger Robin, sont morts lors d’un accident à Châteaufort, alors qu’ils réalisaient le deuxième vol d’essai du F 420-01, avion de combat de Farman. L’appareil s’est écrasé sans qu’ils ne puissent s’extraire de la carlingue. Maryse était bien sûr effondrée, mais cela ne l’a pas empêché de poursuivre sa vie d’aventure. La guerre, en revanche, va mettre un coup d’arrêt à ses activités.

 

 

La guerre et la résistance


Dès la déclaration de guerre en septembre 1939 et jusqu’à l’Armistice de juin 1940, Maryse Hilsz livre des avions aux formations de l’Armée de l’Air pour le compte de la Société Amiot. Elle aurait préféré s’engager dans l’Armée de l’air, mais les femmes n’y sont alors pas encore admises. Privée d’activités aériennes après la défaite française, elle retourne à son activité première et ouvre, avec sa sœur, un magasin de modiste à Aix-en-Provence. Parallèlement, elle décide de s’engager dans la résistance et intègre le réseau anglais Buckmaster. En 1943 elle œuvre pour le compte du groupe Monk basé à Marseille, qu’elle intègre par l’intermédiaire de l’ingénieur aéronautique Pierre Massenet dont elle est une très bonne amie. Elle est agent de liaison, porte des messages, s’essaie à la radio ou bien pose des explosifs.

Une des premières femmes pilote de l’Armée de l’Air


Capitaine FFI au moment de la Libération, elle s’engage dans l’armée de l’Air en octobre 1944. Elle est alors pilote avec le grade de sous-lieutenant et se trouve l’une des premières femmes à porter l’uniforme de l’armée de l’Air. Charles Tillon, ministre de l’Air d’obédience communiste du premier gouvernement Charles de Gaulle, décide en effet de créer un corps de pilotes féminins – comme cela existait au sein de l’URSS durant le conflit. Outre Maryse Hilsz, entrée le 11 octobre 1944 avec le grade de sous-lieutenant, d’autres prestigieuses aviatrices sont recrutées : Maryse Bastié, Elisabeth Boselli, Elisabeth Lion ou encore Anne-Marie Imbrecq. Ces femmes s’entraînent à Châteauroux puis étudient à Tours et elles sont toutes reçues. Hilsz est affectée au Groupe de Liaisons Aériennes Ministérielles (G.L.A.M.) le 21 novembre, en qualité de lieutenant pilote. Malgré le peu de moyens matériels affectés à cette unité, des combinaisons de vol pas à leur taille, des avions désuets, Maryse est heureuse et retrouve le plaisir de voler. Elle est capable de piloter plusieurs types d’appareils : Nord 1000, Caudron Goëland et Siebel 204 entre autres.

À gauche, Maryse Hilsz en tenue militaire; ci-dessus, un Siebel, appareil qu'elle a l'habitude de piloter

Sa dernière mission 


Le 30 janvier 1946, le Lieutenant Maryse Hilsz est en mission. Elle effectue, en service aérien commandé, la liaison Villacoublay – Marignane (aéroport de Marseille) avec comme compagnons d’équipage les sous-lieutenants Georges Merlin (mécanicien), Paul Bétou (radio) et Paul Rousset, dit Marius (pilote). Le vol à bord du bimoteur Siebel Si 204 (« Martinet », variante nc 702) n°27, doté de moteurs Renault, avion de transport allemand aux couleurs françaises et affecté au G.L.A.M., se déroule dans des conditions difficiles : le temps est très mauvais, une forte pluie et des bourrasques d’ouest secouent fortement l’appareil. La visibilité est quasi nulle, le plafond est inférieur à 500 m, le sommet des montagnes alentours, culminant entre 500 et 700m, est prisonnier de la brume. L’avion se trouve juste au-dessus de ce plafond et, dans l’incapacité de connaître sa position exacte, il effectue depuis quelques minutes de larges virages au-dessus du secteur de Coligny (à une dizaine de km au nord de Bény). Malgré la tempête, des témoins au sol entendent les moteurs de l’aéronef dont le régime régulier paraît élevé. Puis des sifflements sont perçus, avant que, brusquement, à 12h15, des morceaux de l’appareil ne tombent au sol, s’éparpillant sur deux kilomètres autour du hameau de Dananche, à 1 km à l’ouest de Moulin-des-Ponts, commune de Bény, secteur de Bourg-en-Bresse (Ain). 
L’hypothèse la plus probable est que l’appareil s’est disloqué en plein vol, sous l’effet des violentes vibrations auxquelles il était soumis depuis de longues minutes, et après qu’une pale de l’hélice gauche se soit enlevée. Maryse Hilsz ne peut, cette fois, éviter la mort qu’elle a pourtant déjà frôlée à plusieurs reprises au cours de ses péripéties. Les corps sans vie de l’équipage, tous morts sur le coup, sont transportés le 31 au matin à l’hôpital de Bourg, où une chapelle ardente a été érigée. Maryse hilsz est par la suite inhumée au cimetière de Levallois-Perret. Elle avait presque quarante-cinq ans. Récompensée par la Médaille de l’aéronautique à titre posthume, un stade, une école élémentaire ainsi que plusieurs rues portent son nom. Deux plaques commémoratives lui sont dédiées, l’une à Levallois-Perret, l’autre à Bény.
La mention « morte pour la France », qui lui a été accordée par décision du Ministre des Armées à Paris le 11 décembre 1950, est inscrite en marge de son acte de naissance. 
Le recrutement de femmes dans l’Armée de l’Air stoppe prématurément la même année, lorsque Charles Tillon sort du gouvernement. Les femmes retournent alors à des postes traditionnels administratifs. Il faut attendre la fin du XXe siècle – 1996 ! - pour que des femmes puissent être affectées comme personnels navigants au sein de l’Armée de l’Air.   

 

 

Article dans la revue « L’Air » du 20 février 1946


« Maryse Hilsz vue par Maryse Bastié ». Hélène Boucher, Lena Bernstein et Claire Roman se tuèrent également en plein ciel. Avec Bastié, elles étaient cinq jeunes femmes « unies par une passion identique ». « Chaque tentative, chaque réussite étaient pour chacune d’entre nous un encouragement à mieux faire … ». Maryse Hilsz était « un exemple extraordinaire d’enthousiasme, d’un travail acharné de vingt années. Animatrice sans égal, elle possédait un sens inné du devoir qui s’affirma lors de la débâcle de 1940 quand elle convoya des avions vers le sud, jusqu’à la limite de ses forces ». « À Villacoublay où nous servions dans une formation de l’Armée de l’Air, depuis la Libération, elle fut un modèle pour ses compagnes ». Courage, ténacité, sensibilité. Voilà les qualités qui sont attribuées à Maryse Hilsz par Maryse Bastié, autre grand nom de l’aéronautique française, qui elle aussi mourra dans un accident tragique lors d’un meeting aérien à Bron en 1952. 
Quelle voie ouverte à l’aéronautique et quelles femmes de légende !

 

___________________________________________________________

 

Sources 
Articles du journal le Figaro
12 et 20 décembre 1938 
31 décembre 1938 
1er janvier 1939
6 janvier 1939
7 janvier
Archives départementales des Hauts-de-Seine
Acte de naissance n°220, cote E NUM LEV N1901
Archives Nationales 
Décret de naturalisation année 1884, concernant François Antoine Hilsz né le 12 mai 1859 à Rhinau, Bas-Rhin, cote BB/34/388
Dossier Légion d’honneur Maryse Hilsz cote 19800035/792/89500 / base Léonore, notice c-132458 (disponible sur Internet)
Service historique de la Défense / CHA, Vincennes sous la cote AI 1 P 18016 / 2
Bibliographie
Olivier de Chazeaux, « Maryse Hilsz, la femme qui aimait tant le ciel »
Webographie
Info-levallois.com/maryse-hilsz/

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9794595f/f5.item.r=bpt6k9794595f article / propos de Maryse Bastié sur Maryse Hilsz alors récemment disparue 
Rudolph de Patureaux, Chroniques historiques